Lettres_1

Je suis Rebecca, la sœur jumelle de Vic. Nous avons été élevés comme deux sœurs qui ont le même âge, c’est-à-dire que nous n’avons jamais porté de vêtements identiques, que nous n’avons jamais été dans la même classe ni la même école. Nous sommes aussi différentes de caractère que nous nous ressemblons physiquement. Nos choix nous ont séparées tôt : Vic a arrêté l’école pour peindre et j’ai tenu à poursuivre mes études. Nous sommes restées proches malgré ou à cause de cela. Nous avons été jusqu’à la caricature des vraies jumelles. Nous savions tout de l’autre et nous communiquions par écrit, par téléphone, mail, fax….

Je ne peux vous livrer toutes nos lettres à cause du nombre, parce que certaines parlent de choses trop intimes ou de gens encore en vie qui ne désirent pas être nommés. J’espère que celles que je vous envoie vous permettront de vous faire une autre idée de Vic, de son évolution. Elles parlent toutes plus ou moins longuement d’amour, ou au moins de la naissance de l’amour. Vic est un être qu’il est difficile de ne pas aimer. Cela tient sans doute à son regard. Ses yeux semblaient toujours avoir quelque chose d’important à vous dire, à vous confier, à vous demander, un appel au secours à lancer. Cela vous rendait important.

D’ailleurs, les gens qui la rencontraient, surtout ceux qui la voyaient pour la première fois, avaient un geste protecteur, involontaire et immédiat. Ceux qui la connaissaient mieux avaient appris à se retenir comme si Vic allait s’effondrer sous leur caresse. Mais chacun avait envie de lui toucher les cheveux, la joue, l’épaule pour la rassurer, un tout petit geste, à peine esquissé.

Vic le savait et en jouait parfois.

Elle paraissait fragile mais c’était parce qu’elle croyait qu’il était plus facile de jouer à être fort que de montrer ses faiblesses et les assumer. Dans les couples qu’elle a formés avec ceux et celles qu’elle a aimés, y compris le nôtre, le plus fort n’était pas celui que l’on croit.

Vic peignait et écrivait sur n’importe quel support : papier, carton, bois… Certaines de ses lettres ressemblent à des notes quotidiennes, elles sont rédigées ou pas sur des bouts de prospectus, journaux, enveloppes. Pour elle, la lecture de ses écrits ne signifiait pas une violation de son intimité, ce n’était pas un journal qu’elle rédigeait. Ces mots m’étaient adressés comme à un deuxième soi-même doublé d’un archiviste. Elle n’attendait pas nécessairement de réponse. Et je suis sûre qu’elle ne m’envoyait pas tout ce qu’elle écrivait. Le reste, je pense qu’elle le brûlait comme elle a brûlé ses premières toiles. Elle n’envoyait que ce qu’elle voulait conserver, sans s’inquiéter de savoir si je le lisais ou non.

Voici quelques bribes de son œuvre écrite. Les lettres sont présentées dans l’ordre chronologique.

1ère fois
Amour
SS
Cindy
Maman/SS
Grand’mère
Dernière lettre

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