Archive for avril 2010

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avril 9, 2010

Monsieur,

J’ai appris par des amis que vous enquêtiez sur Vic. Permettez-moi d’apporter mon témoignage. Vous trouverez ci-joint le compte-rendu de mon unique rencontre avec Vic.

Elle n’a pas souhaité que mon secrétaire assiste à notre conversation, aussi il vous faudra vous fier à ma mémoire et aux quelques notes que j’ai prises suite à cette conversation. Cindy, la sœur aînée de Vic, à l’origine de cette rencontre, était présente. Vous pourrez vous assurer auprès d’elle de l’exactitude de ce texte *. Avec son accord, j’y ajoute les conversations que nous avons eues, Cindy et moi, avant et après le repas pris avec Vic. Ces compte-rendus ont été rédigés par mon secrétaire, présent à ces moments-là, j’en certifie donc l’exactitude.

*pas de réponse de Cindy…

Notes :

Nous étions convenus du restaurant où les deux jeunes filles devaient m’attendre. A mon arrivée, je sens la méfiance de Vic. Elle a un regard franc qui ne fuit jamais, seules ses mains et un tic de la lèvre la trahissent. Sa beauté est bien différente de celle de sa sœur, plus de jeunesse, de sauvagerie. Toutefois, elle a gardé une attitude irréprochable quoique distante.
Cindy est très peu intervenue au cours du repas.
Début de la conversation difficile : une fois mon admiration pour son œuvre avouée, nous dérivons sur l’art en général, la culture. A pris de la vigueur quand la politique a été abordée.
Principal reproche de Vic contre les hommes politiques en général et particulièrement ceux qui ont le pouvoir (donc contre moi, ne l’a pas dit clairement mais très fortement suggéré par un sourire et un regard appuyés) : ces hommes ne prennent jamais de position claire sur les choses.
Ma réponse : Heureusement que les chefs de gouvernement consultent leurs assemblées avant d’agir, sinon ce n’est plus de la démocratie.
Vic : Quelle belle excuse pour ne pas agir.
Moi : Le chef de gouvernement n’a parfois que l’illusion du pouvoir, il ne le détient pas, il lui est délégué. Il doit tenir compte de ses ministres et doit aussi composer avec son parti et l’opposition. Cela l’empêche de devenir un dictateur.
Vic : Si les chefs de gouvernement sont impuissants à améliorer le monde, qui peut le faire ? Comment espérer un changement ?
Moi : Les plus grands changements s’accomplissent dans le silence et le lent écoulement du temps. Les gouvernants lui donnent parfois un coup de pouce.
Vic : Certains savent accélérer le rythme quand des intérêts économiques sont en jeu.
Moi : Je n’y crois pas. Mais parfois la raison d’état est la plus forte.
Vic : Et la raison du peuple ?
Moi : il me semble que vous réfléchissez en tant qu’américaine, votre conception de la politique ( peuple plus fort que l’assemblée) est la source de vos opinions.
Vic a un sourire magnifique pour souligner ma maigre tentative de détourner le sujet. Je m’attarde sur la constitution américaine qui met le peuple en avant (cf. les 10 premiers amendements) et qui ne laisse pas pour autant ce même peuple élire son président.
Vic abonde dans mon sens, ce d’autant plus que les Etats-Unis ont fait du communisme un ennemi..
Moi : Ce n’est pas le peuple ni la communauté américaine que la constitution protège mais l’individu, le communisme ne pouvait pas être reconnu par ce pays.
Vic est d’accord.
Nous continuons sur les Etats-Unis et ses multiples contradictions, un pays riche avec tant de pauvres, un multiculturalisme et des ghettos.
Des banalités de fin de repas. Nous nous quittons avec courtoisie.

Extraits de conversations avec Cindy :

1ére fois que Vic apparaît dans la conversation.

[…]

– Vous ne parlez jamais de votre famille.
– Vous connaissez probablement tout de moi.
– La version des services secrets manque de style et de sentiment.
– Je vis avec cette famille. Elle ne manque pas au point que j’ai besoin d’en parler pour m’en souvenir et je sais apprécier tout ce qu’elle m’apporte. Je vous présenterai un jour ma sœur Vic, si vous le souhaitez.
– Pourquoi ? Je précise : pourquoi Vic et non votre frère ?
– Elle vous plaira.

[…]

2e

[…]

– Hé bien, votre sœur ?
– Je lui ai parlé de vous. J’ai peur qu’elle ne vous craigne.
– Vraiment ?
– Oui, elle se méfie des gens qui maîtrisent la parole au point d’en faire leur métier. Et, malheureusement, elle se méfie toujours de mes amis.
– Vraiment, en effet, votre sœur m’intrigue.
– Parce qu’elle se méfie de vous ?
– Non, parce qu’elle considère que je maîtrise la parole.
– Ce ne sont pas ses mots, c’est une interprétation de ma part.
– Comme le fait de me considérer parmi vos amis ?
– Oui.
– Pourquoi votre sœur se méfie-t-elle des gens qui maîtrisent la parole ?
– Sans doute parce qu’elle est peintre. Sa meilleure amie vous dirait que c’est à cause de sa trop grande naïveté. Elle ne commence à jauger les gens qu’une fois rencontrés, elle peut ainsi découvrir le fond de leur âme. Ce n’est pas facile avec des êtres qui se cachent derrière les discours. En même temps, elle souffre de cette connaissance surtout si la personne se révèle ne pas correspondre à son idéal humain. Si bien qu’elle préfère éviter les gens qui la feraient souffrir.
– Des gens comme moi.
– Oui. Du moins ce qu’elle sait de vous ne lui permet pas d’espérer que vous correspondiez à son idéal.
– Quel est donc cet idéal ?
– Une image naïve de l’ Homme.
– Plus je vous écoute parler de votre sœur, plus je la devine fragile, douée d’un caractère trempé mais fragile.
– C’est une enfant.
– Mon Dieu, vous l’étiez vous aussi il n’y a pas si longtemps !
– Oui, mais je suis l’aînée, je dois veiller sur elle.
– Allons, pourquoi ne pas avouer que vous l’aimez, tout simplement ?
– C’est difficile de ne pas aimer Vic.
– Bien. Vous me connaissez suffisamment pour savoir que si je suis fidèle à mes amis, je suis très avare de cette amitié. Le sentiment m’est bien souvent étranger.
– Je sais que vous préférez admirer ou mépriser plutôt qu’aimer ou haïr.
– Vous m’avez compris. Vous êtes la seule à m’avoir saisi aussi rapidement. Je suis prêt à rencontrer votre sœur.
– Elle ne l’est pas encore.
– J’attendrai.

[…]

3e et dernière fois après le repas avec Vic

[…]

– Vous ne vous êtes pas trompée : votre sœur me plaît.
– Je crains que cela ne soit pas réciproque.
– Je l’ai senti moi aussi.
– Elle n’arrive pas à vous … « voir ». Trop d’ombre, probablement.
– M’aime-t-elle ?
– Je ne sais pas. Je pense que… Vic n’éprouve pas de sentiment envers vous. Elle n’investit rien en vous. Pourquoi cette question ?
– Vous avez précisé, lors d’une précédente conversation, qu’il était difficile de ne pas aimer Vic. Est-il difficile d’être aimé de Vic ?
– Oui.
– Vous aime-t-elle ?
– Non.
– Allons ! Vous ne pouvez être si éloignée d’elle et ce malgré vos différences !
– Je suis sa sœur, pas plus, pas moins. Et je crois que si ce n’était pas le cas, nous serions des inconnues, Vic n’aurait pas essayé de me connaître.  Nous n’avons en commun que nos gènes et notre enfance. Nos vies d’adultes différent et nous séparent.
– Pourtant, il me semble que votre sœur demande sans cesse de l’aide, de l’amour.
– Oui, elle en vit mais cela ne l’empêche pas de trier ceux qui auront le privilège de lui en donner, elle choisit ceux qu’elle va aimer.
– C’est un constat cruel.
– Mais vrai.

[…]

Cindy ne m’a plus jamais parlé de Vic.

Ami de vous (peinture, séduction)

avril 9, 2010

Vic avait beaucoup de livres de peinture. Quand elle venait chez moi, elle amenait souvent des films qu’on regardait ensemble. De temps en temps, il y avait aussi des reportages sur Wermeer, Balthus, Bacon … Vic aimait beaucoup Bacon.
Quand on regardait les reportages, Vic … Vic n’était plus là. Elle n’entendait rien, elle était plongée dans l’image, dans l’écran. Ses yeux … Je l’ai vue quelquefois peindre, ses yeux brillants, fixes, regardant un point invisible, cherchant à percer les murs  … Elle avait le même regard devant l’écran, devant un tableau aussi, dans un musée …
Quand on allait dans un musée, elle s’arrêtait devant chaque tableau. Elle s’avance jusqu’à coller le nez dessus, puis elle recule et elle reste là, debout, totalement immobile, les bras le long du corps ou sa main tirait sur sa lèvre, la bouche un peu ouverte …
J’ai retrouvé le même regard dans un de ses tableaux, un portrait, le huitième. Le regard de l’enfant …
Pourtant Vic est une femme, profondément féminine même si elle porte plus souvent des jean’s que des robes.
Elle avait une façon particulière de séduire. J’ai assisté à une scéne de séduction entreprise par Vic. Tout d’abord, elle prend un air perdu dans ses souvenirs. Soudain, elle sourit, juste des lèvres comme si elle était en train de se rendre compte de son impolitesse vis-àvis de son interlocuteur. Elle mord son pouce pour ne pas éclater de rire, regarde autour d’elle discrètement. Mais elle ne peut s’empêcher de rire. Si vous êtes assis prés d’elle, vous avez l’impression qu’elle rit pour vous. Vous la fixez. Mais, non, elle pense à autre chose. Si vous lui demandez ce qui se passe, elle vous sourit avec tout son visage, tout son corps … Et vous êtes perdu. Si vous êtes un homme, vous êtes amoureux, si vous êtes une femme, vous aimez.
Quand elle vous a expliqué pourquoi elle riait, vous riez avec elle et vous êtes devenus amis. Vous avez l’impression d’entrer dans un cercle privilégié, protégé.
Elle ne séduit pas en montrant qu’elle s’intéresse à vous. Non, elle séduit en vous faisant entrer dans son univers. Un univers que vous avez envie de connaître. Parce qu’elle a l’air si heureux quand elle est perdue dans ses pensées. Vous désirez plus que tout : découvrir ce qu’elle voit, ce qui la rend heureuse.
Je ne suis pas encore parvenu à savoir avec certitude si Vic agissait ainsi consciemment ou bien selon sa nature. Et la question se pose aussi pour les interviews. Vic n’aime pas les interviews. Alors elle joue ou elle se laisse aller. Je ne crois pas que la vraie Vic soit dans les interviews. Je ne sais pas où trouver la vraie Vic.

Amie de Vic (tu/vous)

avril 9, 2010

Je me souviens de la théorie de Vic sur l’emploi du vouvoiement et du tutoiement. C’est une théorie très simple et comme toutes les théories, Vic ne l’a jamais respectée à la lettre. C’est basé sur un seul principe : la familiarité empêche le respect. Il est difficile de continuer à respecter quelqu’un quand on a partagé son intimité. En effet, personne n’est moins respectable que sur le trône des toilettes. Lorsqu’on a vu la Reine d’Angleterre se mettre les doigts dans le nez, ça casse le mythe. C’est pour ça qu’elle vouvoie les gens qu’elle admire même si elle les connaît depuis longtemps. Ca les maintient à distance et l’oblige à les respecter parce qu’elle ne connaît d’eux que les côtés les plus prestigieux. Seulement, Vic le reconnaît elle-même, l’avantage de la familiarité c’est qu’elle permet la naissance de l’amour. Vic n’aime pas forcément les gens qu’elle admire et vice-et-versa, il n’y a pas de règle absolue bien sûr.
Est-ce que Vic respecte SS ? Elle l’admire et elle l’aime, c’est sûr. Plus pervers peut-être, Vic aime chez SS des manies, des attitudes qu’elle ne supporte pas chez les autres, la vulgarité par exemple. Pour Vic, la vulgarité c’est étaler son fric, aimer se montrer… , l’absence de pudeur ( très caractéristique chez SS : elle se baigne nue dans sa piscine qu’il y ait des invités ou non, elle ne ferme pas la porte de la salle de bains… ) Tout ce qui hérisse Vic, tout ce qu’elle ne supporte pas chez les autres, elle accepte chez SS. Voire plus, Vic se met à l’aimer parce que cela fait partie de SS. Peut-être que Vic envie cette faculté d’être égocentrique en public, sans éprouver de remords.
Elle est fascinée par cette forme de liberté, parce que Vic est une fille bien élevée malgré tout. Elle culpabilise à chaque fois qu’elle a l’impression de se conduire mal. C’est pour ça qu’elle passe la moitié de son temps à s’excuser et cela la freine dans ses actions. Pourtant je trouve que, à force de traîner avec SS, elle a appris à se défendre.
Enfin, elle se sent parfaitement à l’aise dans les endroits luxueux, elle en connaît les codes mais elle n’étale pas sa richesse dans la rue, elle pense que c’est une forme de mépris pour ceux qui n’ont rien. Par ailleurs elle comprend pourquoi SS est si démonstrative dans les grands hôtels, c’est du mépris en retour de tout le bien que les gens de la haute pensent d’elle. Et puis peut-être que SS n’est pas si à l’aise que ça même si elle ne l’avouera pas à personne et surtout pas à Vic.
Vic tutoie SS parce qu’elle l’aime et elle vouvoie IA parce qu’elle admire. Même si SS est jalouse de ce respect, elle comprend la nuance. D’ailleurs je crois que IA aimerait que Vic l’admire un peu moins et l’aime un peu plus.
Cette attitude est à rapprocher de tous ces codes qui règlent le comportement de Vic.
Vic n’est ni timide, ni insolente avec les gens, contrairement à ce que certains croient. Elle applique une sorte de code, de hiérarchie dans son comportement avec les autres. Si elle est, ou plutôt si elle paraît timide avec quelqu’un, c’est qu’elle se méfie, ou bien qu’elle reste en recul, elle attend d’en savoir un peu plus. Parfois aussi elle est distante parce qu’elle ne veut pas s’impliquer dans une relation sans pour autant paraître impolie en étant trop indifférente. Les gens croient qu’elle est timide ou discrète. C’est très rare que Vic devienne hostile, elle préfère cacher ça sous une sorte d’indifférence polie. Il faut vraiment que la personne en face soit incorrecte, irrespectueuse pour que Vic joue à la provoc pour choquer et faire fuir la personne.
Mais toutes ces règles sont très subtiles dans leur application, Vic est difficile à cerner, cela constitue sa véritable force. On ne sait jamais ce que Vic pense vraiment de quelqu’un. Sauf SS. Mais ce n’est pas si sûr. Etre ami de Vic ne signifie pas être mieux considéré ou plus vite pardonné. Au contraire ! Si Vic vous aime, il faut en être digne. Elle aime comme un enfant aime ses parents : l’objet aimé est parfait, c’est un dieu. Elle n’atteint pas la phase de réalité : la découverte que l’être aimé est un être humain imparfait. Ni la phase adulte : accepter les défauts de l’être aimé. D’ailleurs SS l’a dit : « tu dois devenir parfait si tu veux rester ami avec Vic ».
Toutefois, ce qu’elle a vécu avec SS a beaucoup modifié sa perception de l’amour, l’expérience de la mort l’a beaucoup changée aussi.

SS masculin

avril 9, 2010

Il y a dans le bureau de la maison de production de SS, un tableau représentant un homme et une femme face au spectateur. Le tableau s’appelle « Black and White », l’homme est noir, la femme, Vic, est blanche. C’est moi qui l’ai offert à SS, quand j’ai appris qu’elle allait tourner un film avec Vic. Je voulais que SS me permette de rencontrer Vic. Je connais bien l’oeuvre de Vic, j’ai acheté pas mal de ses tableaux. C’est même moi qui ai emmené SS à sa première exposition de Vic « Funerals ». C’est là qu’elle a acheté son premier tableau de Vic, « rose in the sky » je crois.
Seulement, Vic, je ne l’avais jamais rencontrée. Alors j’ai passé ce marché avec SS : un tableau contre une rencontre avec Vic.
Pour éviter que ça sente trop le traquenard, que ça ait l’air naturel, comme par hasard, ça s’est passé dans le bureau de SS, sous le tableau. Quand je suis arrivé, Vic et SS étaient là et puis, SS est partie en disant qu’elle avait un rendez-vous urgent. Elle nous a laissé tous les deux.On a commencé à discuter. Au début, Vic était plutôt timide, elle répondait par un mot ou deux. Je lui ai dit que j’avais chez moi « Colours », un tableau avec les mêmes personnes que B&W. Mais les personnages ont une position différente et les coleurs dominantes ne sont pas du tout les mêmes. Je lui ai dit que c’était « Colours » mon préféré. Elle m’a répondu : « Est-ce c’est pour ça que vous avez offert l’autre, B&W, à SS ? ». J’ai ri mais j’étais mal à l’aise. Elle a continué en disant que pour elle aussi, c’était « Colours » son préféré.Dans B&W, les personnages vous regardent, vous mettent au défi de les critiquer, eux, un couple mixte. Ils restent debout, il ne se passe rien même si Vic est dans les bras de l’homme, il n’y a rien qui passe entre eux. Ils sont là pour vous affronter.Alors que dans « Colours », ils s’embrassent, les corps ne sont plus noir ou blanc, ils ont chacun une nuance de brun. La fusion est totale entre eux, les corps sont liés par le baiser et vous spectateur, vous êtes exclus de leur passion. C’est ce que j’ai expliqué à Vic, elle était d’accord. Et puis, on en est venu à parler de mes films. Qu’est-ce que je me suis ramassé en pleine face !! C’était gentiment dit, mais bon, Vic me reprochait de faire des films violents, débiles alors que j’avais du goût, puisque j’avais acheté ses tableaux !! Je m’en suis tiré en disant que je faisais des films pour l’argent, ses tableaux ne sont pas donnés !!
Vic n’avait pas l’air satisfaite de mes explications mais elle m’a quand même souri. J’ai raconté quelques anecdotes marrantes pour continuer à détendre l’atmosphére. Quand SS est revenue on rigolait ensemble.Je lui ai serré la main et on s’est dit au revoir. Plus tard, SS m’a dit que Vic n’était pas mécontente de notre conversation, elle regrettait juste que les tableaux soient séparés, parce qu’ils forment un couple. Vic n’a rien dit de plus sur notre rencontre . Je ne l’ai plus jamais revue.

Photographe

avril 9, 2010

J’ai travaillé sur la promotion du film, je devais prendre des photos de SS et de Vic, séparément et ensemble. A la pause, Vic m’a pris à parti parce que j’avais demandé que son tatouage, sur l’avant-bras gauche, soit caché par du maquillage. Elle m’a accusé de travestir la vérité. Quelle vérité ? C’étaient juste des photos pour la promo, donc forcément, elles sont arrangées, embellies. En fait, elle me reprochait de ne pas la montrer en entier.
La conversation a très vite dérivée sur la conception artistique du réel. Nous avions chacun nos arguments et je crois que cela aurait duré toute la journée si le travail ne devait pas être fini. SS m’avait prévenu de ne pas engager de polémique avec Vic. C’était passionnant parce que nous étions deux artistes qui discutaient de leur œuvre. Je crois que Vic n’aime pas la photo même si elle en prend souvent pour ses tableaux d’après ce qu’elle m’a dit. Mais c’est juste comme « aide-mémoire », elle trouve ça trop facile.
Ca m’a vraiment choqué : et le travail sur la lumière, le cadrage, la prise de vue… Nous en étions là quand nous avons du reprendre le travail. Nous nous sommes revus le soir et nous avons continué notre discussion. Vic m’a expliqué son travail : elle crée l’image, elle ne reproduit pas le réel, sous-entendu comme moi. On a tellement parlé, c’est difficile de tout dire. On a parlé toute la nuit ! Ca m’a beaucoup influencé, je m’en rends compte maintenant.

MS metteur en scène

avril 9, 2010

La première fois que j’ai rencontré Vic, c’était chez SS. On discutait dans son salon, assis dans les fauteuils. Elle est entrée dans la pièce, SS l’a présentée « Vic, une amie ». Elle n’a pas dit un mot, elle est venue s’asseoir avec nous, dans un coin du canapé et elle nous a écouté.
Nous parlions de l’accueil de mon dernier film, celui avec SS. Il y avait Bob, mon attachée de presse et un envoyé de la production. Vic nous regardait, surtout Bob et moi. Elle avait un air attentif, un air béat, elle se mordait la lèvre, les mains sous le menton. Un moment, SS l’a regardée : Vic avait la bouche ouverte, les yeux arrondis. Puis SS a tendu le bras vers elle et clap! Elle lui a fermé la bouche ! Vic a sursauté, elle s’est dégagée, elle a changé de visage instantanément : les sourcils froncés, les yeux en colère. SS lui a demandé :
– Pourquoi tu n’as pas autant d’admiration pour moi ?
– Tu n’es pas à la hauteur. J’ai en face de moi le plus grand metteur en scène américain et son acteur fétiche.
– J’ai fait un film avec eux.
– Et alors, c’est juste un film.
On avait l’impresion que SS était blessée de l’attitude de Vic, elle cherchait son approbation mais la gamine ne se laissait pas faire. En tout cas, nous de notre côté, nous étions juste des spectateurs. Nous assistions à la scène sans pouvoir intervenir, elles n’étaient plus avec nous, elles nous avaient exclus de leur dialogue. Ces quelques phrases avaient créées entre elles une véritable intimité. SS lui a passé la main dans les cheveux et elles sont revenues parmi nous. Voilà, c’était fini. A partir de là, c’est comme si Vic avait retrouvé l’usage de la parole. Elle a parlé, parlé. En fait par une extraordinaire coïncidence, sa grand’mère sicilienne avait connu ma mère à New York. Elles habitaient le même immeuble dans Little Italy. Je lui ai posé quelques questions en italien, elle m’a répondu sans problème ! C’est sa langue maternelle, ses deux parents parlent italien entre eux. Ca faisait marrer Bob de voir une gamine aux yeux bleus parler italien sans accent.
Plus tard, je suis passé chez elle, à son atelier paumé dans le ghetto. On s’était découvert une passion commune pour le cinéma. Je lui apportais une bande de The Wild One. Je l’ai surprise couchée sur la pelouse observant l’herbe avec une loupe. Elle suivait des fourmis, elle voulait les peindre.
J’aurai voulu la filmer à ce moment-là, vous comprenez, pas faire un film avec elle comme actrice, non. Juste la filmer en train de vivre, au naturel.

Critique d’art

avril 9, 2010

Monsieur,

Vous m’avez demandé de témoigner de mes relations avec Vic. Je ne m’en sens pas capable. Je préfère vous faire parvenir une des rares lettres que j’ai reçues de Vic. En espérant qu’elle vous sera utile.


Bonjour,
votre question est «qu’est-ce qu’un tableau réussi ?»
Je ne sais.
Je crois que j’aurais réussi un tableau, que je serais devenue peintre lorsque quelqu’un viendra me dire : « Vous savez, votre tableau, quand je l’ai vu, c’était tellement fort que j’en ai fermé les yeux. Et là, les yeux toujours fermés, je sentais sous mes doigts la chair de ce corps nu que vous aviez peint. J’en sentais la chaleur, la douceur. J’en ai rouvert les yeux et la peau avait un visage. »
Quand on regardera mes tableaux les yeux fermés et avec le bout des doigts, je serai enfin peintre. Le toucher est le premier des sens, sensualité et désir : en voilà la clé.
Je voudrais réaliser par les mots la même oeuvre : que, au fur et à mesure de la phrase, l’évocation des êtres, ces personnages inexistants, irréels, les fasse apparaître dans le fauteuil qui me fait face. La main tendue, le sourire aux lèvres, comme des amis perdus dont je lis la correspondance oubliée. Il faut pour écrire, oublier tout ce qu’on a lu, pour pouvoir se consacrer de toutes ses forces à ce pénible travail : chercher l’adéquation improbable qui réunira les mots et l’émotion qui est à décrire. Et une fois le livre fini, supporter l’outrage du lecteur. La lecture est le viol de l’intimité qui s’est installée entre l’auteur et son livre, qui a dit ça ?
Bien sûr, vous pouvez transcrire tout cela pour la peinture, je m’y reconnaitrai.
Mais la peinture, c’est la vue, les mots c’est plus intime.
La vue est une mise à distance. Il faut se rapprocher, mêler nos souffles, nos respirations. Pratiquer l’acte sexuel parce qu’à mon avis, c’est ce qui se rapproche le plus de l’expérience esthétique. Le ravissement de la Beauté, l’état hébété devant une oeuvre habitée par l’Art, (vous voyez, pardon, vous pouvez lire comme la peinture me rend bébéte, à moins que vous ne pensiez mauvais poète).
Je disais donc : si chaque spectateur pouvait avoir un orgasme devant chacun de mes tableaux, je serai enfin peintre. (orgasme sans masturbation manuelle ni mécanique manipulation).
J’ai bien peur que tout ceci ne réponde pas vraiment à votre question. Et malgré toute l’ironie que j’ai laissé percevoir dans mes propos, la réponse la plus simple est : je ne sais pas. Je ne me considère pas comme peintre. Un tableau réussi, c’est impossible. Mais c’est bien plus compliqué.
Dans un sens, cela explique pourquoi la peinture abstraite m’a déçue. Jouer de la gamme des couleurs pour exprimer des émotions, ça va un moment, ça ne suffit plus à terme. Le portrait est l’expression des émotions humaines, c’est plus approprié à ma recherche artistique. ( Qu’est-ce que je recherche dans l’art ? Une raison de vivre, je crois. )
Mais finalement fréquenter le genre humain c’est beaucoup plus intéressant que le peindre.
Je ne serai donc jamais véritablement peintre .Les tableaux sont devenus prétexte à rencontrer des gens et ils ne sont plus le but de mon travail. Il n’y aura jamais de tableau final, apothéose définitive. Désolée.
Mais je n’en ai pas fini avec vous.
Il faut que je vous dise à propos des portraits, de ces choses qui ne doivent être répétées à d’autres. Seulement à vous qui me semblez à même de comprendre.
A propos des portraits, il y a des gens qui ont peur que je les peigne, peur que je révèle quelque chose d’eux qu’ils ne veulent pas voir ni que cela soit vu. Mais pourtant, ils n’ont pas de raison d’avoir peur : je peints ce que je vois et je peux me tromper. De plus je ne peints que ce que je veux peindre et parfois j’en dis plus sur moi que sur le sujet du portrait.
Enfin, il y a des tableaux que je ne montre à personne, que je peints sans demander l’autorisation des sujets. Des tableaux fantasmatiques voire érotiques. Le plus intéressant, enfin ce qui me branche le plus, c’est peindre la peau, d’où je pense ma période tatouage. Reproduire exactement le velouté, le grain de l’épiderme.
Les docteurs nazis qui faisaient des trucs avec la peau humaine, je les comprends. Moi c’est pour ça que j’ai aimé Le Silence des Agneaux, c’est à cause du mec qui récolte la peau humaine. Mais il faut qu’elle garde sa fraicheur, la peau sèche, défraichie, c’est moche.
Vous voyez, ce genre de tableau vaut mieux les cacher. Surtout que les sujets sont à poil. J’ai un peu honte de les montrer. Même si j’aime bien les regarder, ils font partie du stock à détruire à ma mort. Quand je suis là devant ces peaux, ça me donne envie de les toucher, de les caresser. Mais ce n’est pas sexuel, c’est pour la sensation de leur peau sous mes doigts.
Peut-être est-ce là, à ce moment seulement quand je caresse dans le vide mes tableaux honteux, que je suis, enfin, peintre.
Qu’en pensez-vous ? Ne répondez pas que vous ne pouvez rien dire sans avoir vu ces tableaux, je ne les montrerai jamais.

Bien à vous, au revoir,

Vic.

MP

avril 8, 2010

Je ne la connais pas vraiment. Quand elle a peint mon portrait, nous n’avons pas vraiment eu de contact pendant son séjour chez moi. C’est venu plus tard : elle m’a permis de venir dans son atelier pendant qu’elle peignait. Ou plutôt elle m’a appelé pour que je donne mon avis sur la première esquisse et nous avons beaucoup parlé. Elle était très timide au début, elle a fini par m’avouer qu’elle rêvait de me peindre depuis longtemps, elle était très enthousiaste, dynamique, elle s’est même excusée de parler autant.
Voilà, elle m’est apparu comme ça au départ : vive, pleine de joie. Plus tard, j’ai eu l’occasion de connaître une autre facette de sa personnalité. J’étais venue avec SS pour présenter un projet à Vic. Et là nous avons assisté à un assassinat en règle. Vic a vidé un plein pot de peinture noire sur un de ses tableaux. Puis elle a téléphoné à plusieurs personnes. Une femme d’abord et elle lui a menti avec un applomb ! Elle lui a raconté que sa soeur a une crise de folie et qu’elle avait versé de la peinture sur son tableau. Elle a téléphoné à une entreprise de dératisation et leur a donné une adresse pour qu’ils viennent à une heure bien précise. Puis elle a appelé un de ses oncles policiers et lui a dit qu’elle avait un tuyau pour la brigade financière. Et enfin, elle a appelé une agence pour réserver un billet d’avion pour Londres.
SS et moi nous étions paralysées. SS lui a demandé :
– Mais qu’est-ce que tu fais ?
– Je me venge.
Elle nous a sourit,nous a montré le canapé et s’est assise en nous disant :
– Bon, que puis-je faire pour vous ?

Où était passé la jeune femme intimidée et souriante ?

JF

avril 8, 2010

Mon cas est un peu spécial. Je connais Vic par l’intermédaire de sa soeur aînée dont je suis en quelque sorte la marraine. J’ai vu chez Cid, la soeur de Vic, donc, un tableau représentant toute sa famille. Il y avait un côté parodique, anti-photo de famille qui m’a plu. J’ai donc demandé à rencontrer Vic pour lui demander de me peindre. Notre rencontre a été bizarre. Je crois que Vic se méfiait de moi parce que je suis une amie de sa soeur !
Elle a tout de même accepté. Et j’ai eu mon portrait. Je croyais, une fois le tableau terminé, que nos relations s’arrêteraient là. Mais, peu aprés, Vic m’a appelé pour m’exposer une idée : elle voulait peindre quelqu’un pris sur le vif et elle avait besoin de mes talents de comédienne, ce sont ses propres termes. J’ai accepté : j’étais plutot intriguée, j’avoue.
Elle m’a donné rendez-vous dans une rue. Je l’ai attendue longtemps. Puis, au moment où j’allais partir, j’étais en train d’appeler un taxi, je me souviens, j’ai senti une main sur mon épaule. Je me suis retourné et c’était Vic. Elle s’est excusée et nous sommes allées dans un café. Elle m’a expliqué ce qu’elle voulait. Je devais jouer quelqu’un qui marche dans la rue, et soudain on lui touche l’épaule. Cette personne se tourne et là, je devais utiliser mes talents de comédienne pour exprimer toutes les émotions ressenties dans ce genre d’occasion : surprise, agacement, curiosité, joie … A ce moment-là, j’ai compris et je lui ai souris ironiquement, elle a éclaté de rire. J’avais compris pourquoi elle m’avait fait attendre, elle avait expérimenté en vrai mes talents de comédienne. Elle s’est encore excusée, elle n’avait pas d’autre moyen de tester son stratagéme.
Nous avons rejoué cette scène une dizaine de fois. Vic filmait chaque essai, elle me demandait à chaque fois de changer de sentiment, de jouer un peu plus de colère, un peu plus de joie… J’ai vu le tableau final, tout y est. Le personnage est peint sur la moitié de la toile, le spectateur est à la place de l’ami qui touche l’épaule. Le personnage, c’est-à-dire moi, en fait, est à demi-tourné et son visage reflète tout un ensemble d’émotions: le sourcil coléreux, la bouche heureuse, les yeux interrogateurs… Je schématise, c’est un mélange de tout cela. Mais ces détails on s’en aperçoit aprés un examen minutieux du tableau. La première chose qui frappe, lorsqu’on découvre la toile, c’est l’ensemble, le mouvement du corps, du visage, tout est là, tout fonctionne.
Ce tableau, elle l’a gardé. Elle m’a promis que je le recevrais à sa mort. Elle m’a dit très solenellement qu’elle l’avait écrit sur son testament. J’ai cru qu’elle plaisantait, je n’en suis plus si sure maintenant. C’est difficile de savoir quand Vic ment. De toutes façons, quand elle sourit, elle peut dire n’importe quoi, une insulte ou un compliment, on reste désarmé face à son sourire. Elle rit comme un enfant : la bouche grande ouverte, avec ce geste familier de se passer la main dans les cheveux. Sur toutes les photos, à chaque émission de télé, elle se passe la main dans les cheveux, c’est un geste inconscient mais tellement à elle.
Je ne suis pas tout à fait d’accord sur ce qu’elle a dit dans le catalogue. Du moins, je n’ai pas vécu de la même façon son travail. En tout cas, elle a raison à la fin. Je me suis inspirée de son tableau pour mon rôle dans « L’enfant perdu des montagnes ». Maintenant quand je regarde le tableau, je me dis que cet enfant c’est Vic.

Portraits

avril 2, 2010

– Dans votre catalogue, vous employez presqu’à chaque fois le verbe « plaire ». Est-ce qu’il est nécessaire que tous vos tableaux vous plaisent ?
– Non.
– En tout cas, vous peignez par plaisir.
– Pas toujours, certains tableaux me font souffrir et d’autres je les peints parce que sinon, je pourrai en mourir de ne pas les peindre. Mais si je n’avais jamais de plaisir, je ne peindrai pas. Vous devrIez vous méfier du catalogue. Je ne suis pas toujours sincère, je l’ai écrit à la demande de mon agent. Comme les tableaux n’étaient pas à vendre, c’est le catalogue qui devait permettre de rapporter quelques sous pour les frais. En plus, il n’y a pas tous les portraits.
– Est-ce que cela veut dire que vous n’aimez pas ceux qui manquent ?
– Non. Le choix des portraits présents à l’exposition n’est pas un choix de ma part. Certains sujets ont accepté de préter leur portrait, d’autres non. Il n’y a pas de théorie à échafauder à partir du catalogue ni à partir de l’exposition.
– Y a-t-il un lien entre tous les portraits, tous ceux que vous avez peints, pas seulement ceux de l’exposition ?
– Oui, ce sont tous des portrait d’acteurs, d’actrices.
– Acceptez-vous de peindre des gens que vous n’aimez pas ?
– Oui, ça m’est arrivé. Je dois avouer que c’est très rare. En fait, le plaisir que j’ai à peindre telle personne ou une autre n’est pas forcément ce qui détermine ma volonté de peindre ce portrait-là. Parfois, c’est juste le défi, la difficulté. Mais, à la fin du travail, il arrive aussi que je ne sois pas contente de mon tableau et ça n’a rien à voir avec la personne peinte. Quand je n’aime pas mon tableau, je le dis au sujet. C’est à lui de décider ce qu’il faut en faire : je préfèrerai le détruire mais presque tous le gardent. Bref, c’est un pur hasard si tous les tableaux présents à l’exposition me plaisent.
– A moins que les sujets n’aient pas eu envie de montrer un tableau que vous n’auriez pas aimé.
– Possible.