JF

Mon cas est un peu spécial. Je connais Vic par l’intermédaire de sa soeur aînée dont je suis en quelque sorte la marraine. J’ai vu chez Cid, la soeur de Vic, donc, un tableau représentant toute sa famille. Il y avait un côté parodique, anti-photo de famille qui m’a plu. J’ai donc demandé à rencontrer Vic pour lui demander de me peindre. Notre rencontre a été bizarre. Je crois que Vic se méfiait de moi parce que je suis une amie de sa soeur !
Elle a tout de même accepté. Et j’ai eu mon portrait. Je croyais, une fois le tableau terminé, que nos relations s’arrêteraient là. Mais, peu aprés, Vic m’a appelé pour m’exposer une idée : elle voulait peindre quelqu’un pris sur le vif et elle avait besoin de mes talents de comédienne, ce sont ses propres termes. J’ai accepté : j’étais plutot intriguée, j’avoue.
Elle m’a donné rendez-vous dans une rue. Je l’ai attendue longtemps. Puis, au moment où j’allais partir, j’étais en train d’appeler un taxi, je me souviens, j’ai senti une main sur mon épaule. Je me suis retourné et c’était Vic. Elle s’est excusée et nous sommes allées dans un café. Elle m’a expliqué ce qu’elle voulait. Je devais jouer quelqu’un qui marche dans la rue, et soudain on lui touche l’épaule. Cette personne se tourne et là, je devais utiliser mes talents de comédienne pour exprimer toutes les émotions ressenties dans ce genre d’occasion : surprise, agacement, curiosité, joie … A ce moment-là, j’ai compris et je lui ai souris ironiquement, elle a éclaté de rire. J’avais compris pourquoi elle m’avait fait attendre, elle avait expérimenté en vrai mes talents de comédienne. Elle s’est encore excusée, elle n’avait pas d’autre moyen de tester son stratagéme.
Nous avons rejoué cette scène une dizaine de fois. Vic filmait chaque essai, elle me demandait à chaque fois de changer de sentiment, de jouer un peu plus de colère, un peu plus de joie… J’ai vu le tableau final, tout y est. Le personnage est peint sur la moitié de la toile, le spectateur est à la place de l’ami qui touche l’épaule. Le personnage, c’est-à-dire moi, en fait, est à demi-tourné et son visage reflète tout un ensemble d’émotions: le sourcil coléreux, la bouche heureuse, les yeux interrogateurs… Je schématise, c’est un mélange de tout cela. Mais ces détails on s’en aperçoit aprés un examen minutieux du tableau. La première chose qui frappe, lorsqu’on découvre la toile, c’est l’ensemble, le mouvement du corps, du visage, tout est là, tout fonctionne.
Ce tableau, elle l’a gardé. Elle m’a promis que je le recevrais à sa mort. Elle m’a dit très solenellement qu’elle l’avait écrit sur son testament. J’ai cru qu’elle plaisantait, je n’en suis plus si sure maintenant. C’est difficile de savoir quand Vic ment. De toutes façons, quand elle sourit, elle peut dire n’importe quoi, une insulte ou un compliment, on reste désarmé face à son sourire. Elle rit comme un enfant : la bouche grande ouverte, avec ce geste familier de se passer la main dans les cheveux. Sur toutes les photos, à chaque émission de télé, elle se passe la main dans les cheveux, c’est un geste inconscient mais tellement à elle.
Je ne suis pas tout à fait d’accord sur ce qu’elle a dit dans le catalogue. Du moins, je n’ai pas vécu de la même façon son travail. En tout cas, elle a raison à la fin. Je me suis inspirée de son tableau pour mon rôle dans « L’enfant perdu des montagnes ». Maintenant quand je regarde le tableau, je me dis que cet enfant c’est Vic.

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