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Monsieur,

J’ai appris par des amis que vous enquêtiez sur Vic. Permettez-moi d’apporter mon témoignage. Vous trouverez ci-joint le compte-rendu de mon unique rencontre avec Vic.

Elle n’a pas souhaité que mon secrétaire assiste à notre conversation, aussi il vous faudra vous fier à ma mémoire et aux quelques notes que j’ai prises suite à cette conversation. Cindy, la sœur aînée de Vic, à l’origine de cette rencontre, était présente. Vous pourrez vous assurer auprès d’elle de l’exactitude de ce texte *. Avec son accord, j’y ajoute les conversations que nous avons eues, Cindy et moi, avant et après le repas pris avec Vic. Ces compte-rendus ont été rédigés par mon secrétaire, présent à ces moments-là, j’en certifie donc l’exactitude.

*pas de réponse de Cindy…

Notes :

Nous étions convenus du restaurant où les deux jeunes filles devaient m’attendre. A mon arrivée, je sens la méfiance de Vic. Elle a un regard franc qui ne fuit jamais, seules ses mains et un tic de la lèvre la trahissent. Sa beauté est bien différente de celle de sa sœur, plus de jeunesse, de sauvagerie. Toutefois, elle a gardé une attitude irréprochable quoique distante.
Cindy est très peu intervenue au cours du repas.
Début de la conversation difficile : une fois mon admiration pour son œuvre avouée, nous dérivons sur l’art en général, la culture. A pris de la vigueur quand la politique a été abordée.
Principal reproche de Vic contre les hommes politiques en général et particulièrement ceux qui ont le pouvoir (donc contre moi, ne l’a pas dit clairement mais très fortement suggéré par un sourire et un regard appuyés) : ces hommes ne prennent jamais de position claire sur les choses.
Ma réponse : Heureusement que les chefs de gouvernement consultent leurs assemblées avant d’agir, sinon ce n’est plus de la démocratie.
Vic : Quelle belle excuse pour ne pas agir.
Moi : Le chef de gouvernement n’a parfois que l’illusion du pouvoir, il ne le détient pas, il lui est délégué. Il doit tenir compte de ses ministres et doit aussi composer avec son parti et l’opposition. Cela l’empêche de devenir un dictateur.
Vic : Si les chefs de gouvernement sont impuissants à améliorer le monde, qui peut le faire ? Comment espérer un changement ?
Moi : Les plus grands changements s’accomplissent dans le silence et le lent écoulement du temps. Les gouvernants lui donnent parfois un coup de pouce.
Vic : Certains savent accélérer le rythme quand des intérêts économiques sont en jeu.
Moi : Je n’y crois pas. Mais parfois la raison d’état est la plus forte.
Vic : Et la raison du peuple ?
Moi : il me semble que vous réfléchissez en tant qu’américaine, votre conception de la politique ( peuple plus fort que l’assemblée) est la source de vos opinions.
Vic a un sourire magnifique pour souligner ma maigre tentative de détourner le sujet. Je m’attarde sur la constitution américaine qui met le peuple en avant (cf. les 10 premiers amendements) et qui ne laisse pas pour autant ce même peuple élire son président.
Vic abonde dans mon sens, ce d’autant plus que les Etats-Unis ont fait du communisme un ennemi..
Moi : Ce n’est pas le peuple ni la communauté américaine que la constitution protège mais l’individu, le communisme ne pouvait pas être reconnu par ce pays.
Vic est d’accord.
Nous continuons sur les Etats-Unis et ses multiples contradictions, un pays riche avec tant de pauvres, un multiculturalisme et des ghettos.
Des banalités de fin de repas. Nous nous quittons avec courtoisie.

Extraits de conversations avec Cindy :

1ére fois que Vic apparaît dans la conversation.

[…]

– Vous ne parlez jamais de votre famille.
– Vous connaissez probablement tout de moi.
– La version des services secrets manque de style et de sentiment.
– Je vis avec cette famille. Elle ne manque pas au point que j’ai besoin d’en parler pour m’en souvenir et je sais apprécier tout ce qu’elle m’apporte. Je vous présenterai un jour ma sœur Vic, si vous le souhaitez.
– Pourquoi ? Je précise : pourquoi Vic et non votre frère ?
– Elle vous plaira.

[…]

2e

[…]

– Hé bien, votre sœur ?
– Je lui ai parlé de vous. J’ai peur qu’elle ne vous craigne.
– Vraiment ?
– Oui, elle se méfie des gens qui maîtrisent la parole au point d’en faire leur métier. Et, malheureusement, elle se méfie toujours de mes amis.
– Vraiment, en effet, votre sœur m’intrigue.
– Parce qu’elle se méfie de vous ?
– Non, parce qu’elle considère que je maîtrise la parole.
– Ce ne sont pas ses mots, c’est une interprétation de ma part.
– Comme le fait de me considérer parmi vos amis ?
– Oui.
– Pourquoi votre sœur se méfie-t-elle des gens qui maîtrisent la parole ?
– Sans doute parce qu’elle est peintre. Sa meilleure amie vous dirait que c’est à cause de sa trop grande naïveté. Elle ne commence à jauger les gens qu’une fois rencontrés, elle peut ainsi découvrir le fond de leur âme. Ce n’est pas facile avec des êtres qui se cachent derrière les discours. En même temps, elle souffre de cette connaissance surtout si la personne se révèle ne pas correspondre à son idéal humain. Si bien qu’elle préfère éviter les gens qui la feraient souffrir.
– Des gens comme moi.
– Oui. Du moins ce qu’elle sait de vous ne lui permet pas d’espérer que vous correspondiez à son idéal.
– Quel est donc cet idéal ?
– Une image naïve de l’ Homme.
– Plus je vous écoute parler de votre sœur, plus je la devine fragile, douée d’un caractère trempé mais fragile.
– C’est une enfant.
– Mon Dieu, vous l’étiez vous aussi il n’y a pas si longtemps !
– Oui, mais je suis l’aînée, je dois veiller sur elle.
– Allons, pourquoi ne pas avouer que vous l’aimez, tout simplement ?
– C’est difficile de ne pas aimer Vic.
– Bien. Vous me connaissez suffisamment pour savoir que si je suis fidèle à mes amis, je suis très avare de cette amitié. Le sentiment m’est bien souvent étranger.
– Je sais que vous préférez admirer ou mépriser plutôt qu’aimer ou haïr.
– Vous m’avez compris. Vous êtes la seule à m’avoir saisi aussi rapidement. Je suis prêt à rencontrer votre sœur.
– Elle ne l’est pas encore.
– J’attendrai.

[…]

3e et dernière fois après le repas avec Vic

[…]

– Vous ne vous êtes pas trompée : votre sœur me plaît.
– Je crains que cela ne soit pas réciproque.
– Je l’ai senti moi aussi.
– Elle n’arrive pas à vous … « voir ». Trop d’ombre, probablement.
– M’aime-t-elle ?
– Je ne sais pas. Je pense que… Vic n’éprouve pas de sentiment envers vous. Elle n’investit rien en vous. Pourquoi cette question ?
– Vous avez précisé, lors d’une précédente conversation, qu’il était difficile de ne pas aimer Vic. Est-il difficile d’être aimé de Vic ?
– Oui.
– Vous aime-t-elle ?
– Non.
– Allons ! Vous ne pouvez être si éloignée d’elle et ce malgré vos différences !
– Je suis sa sœur, pas plus, pas moins. Et je crois que si ce n’était pas le cas, nous serions des inconnues, Vic n’aurait pas essayé de me connaître.  Nous n’avons en commun que nos gènes et notre enfance. Nos vies d’adultes différent et nous séparent.
– Pourtant, il me semble que votre sœur demande sans cesse de l’aide, de l’amour.
– Oui, elle en vit mais cela ne l’empêche pas de trier ceux qui auront le privilège de lui en donner, elle choisit ceux qu’elle va aimer.
– C’est un constat cruel.
– Mais vrai.

[…]

Cindy ne m’a plus jamais parlé de Vic.

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