Archive for the ‘picorage’ Category

Portraits

avril 2, 2010

– Dans votre catalogue, vous employez presqu’à chaque fois le verbe « plaire ». Est-ce qu’il est nécessaire que tous vos tableaux vous plaisent ?
– Non.
– En tout cas, vous peignez par plaisir.
– Pas toujours, certains tableaux me font souffrir et d’autres je les peints parce que sinon, je pourrai en mourir de ne pas les peindre. Mais si je n’avais jamais de plaisir, je ne peindrai pas. Vous devrIez vous méfier du catalogue. Je ne suis pas toujours sincère, je l’ai écrit à la demande de mon agent. Comme les tableaux n’étaient pas à vendre, c’est le catalogue qui devait permettre de rapporter quelques sous pour les frais. En plus, il n’y a pas tous les portraits.
– Est-ce que cela veut dire que vous n’aimez pas ceux qui manquent ?
– Non. Le choix des portraits présents à l’exposition n’est pas un choix de ma part. Certains sujets ont accepté de préter leur portrait, d’autres non. Il n’y a pas de théorie à échafauder à partir du catalogue ni à partir de l’exposition.
– Y a-t-il un lien entre tous les portraits, tous ceux que vous avez peints, pas seulement ceux de l’exposition ?
– Oui, ce sont tous des portrait d’acteurs, d’actrices.
– Acceptez-vous de peindre des gens que vous n’aimez pas ?
– Oui, ça m’est arrivé. Je dois avouer que c’est très rare. En fait, le plaisir que j’ai à peindre telle personne ou une autre n’est pas forcément ce qui détermine ma volonté de peindre ce portrait-là. Parfois, c’est juste le défi, la difficulté. Mais, à la fin du travail, il arrive aussi que je ne sois pas contente de mon tableau et ça n’a rien à voir avec la personne peinte. Quand je n’aime pas mon tableau, je le dis au sujet. C’est à lui de décider ce qu’il faut en faire : je préfèrerai le détruire mais presque tous le gardent. Bref, c’est un pur hasard si tous les tableaux présents à l’exposition me plaisent.
– A moins que les sujets n’aient pas eu envie de montrer un tableau que vous n’auriez pas aimé.
– Possible.

Photographie

avril 2, 2010

«  Les photographes prennent les êtres pour des objets et leur volent leur âme, comme les indiens le pensent. En plus, ça a l’air tellement facile, ils appuient juste sur un bouton, c’est humiliant. Alors que peindre, ça laisse une chance au sujet. L’affrontement physique avec la toile et les couleurs. Ca ne donne pas forcément un bon résultat, l’échec existe. Bon c’est plus facile de reprendre une toile qu’une photo. Mais le peintre ne demande pas au sujet de se mettre dans des positions impossibles. Il créée lui-même la position et par son savoir anatomique, sa technique, il redessine le corps comme il l’imagine. Moi, je vis avec le sujet chez lui, quelques jours. Et je ne peints pas de nus ou très peu. Des gens que je connais et le seul photographe que je tolère c’est Cid, ma sœur. Elle sait ce que je veux et ne veux pas ! »

Famille

avril 2, 2010

– C’est quoi la famille pour vous ? Quel impact cela a dans votre façon de vivre ?

– C’est très important. Eh, je suis italienne moi !, à moitié en tout cas. J’ai deux soeurs et un frère. J’ai grandi dans une tribu, avec des parents aimants et attentifs, présents, même si avoir une mère qui est flic ne garantit pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, une véritable sécurité. Mais j’ai eu une bonne base pour devenir adulte. Malgré tous les clichés que ça sous-entend, je suis solide grâce à mon enfance. Enfin, je crois.

– Et votre soeur jumelle ?

– Là aussi, il y a beaucoup de clichés qui circulent sur les relations entre jumelles. Mais certains sont vrais !!! Elle ressent les mêmes choses que moi, mais elle ne les analyse pas de la même façon. Elle ne s’en sert pas de la même façon. On a des vies trés différentes : elle est beaucoup plus normale que moi !

Ecorché vif

avril 2, 2010

– Vous avez fait des peintures sur corps, n’est-ce pas ?

– Oui, enfin, c’était plus proche de la sculpture. J’ai fait ça l’an dernier à New York. J’y suis restée deux-trois mois. Mais c’était pas super, New York , la ville je veux dire, la peinture sur corps, ça, ça allait. Vous connaissez le jeu « l’homme transparent » ? C’est un bonhomme en plastique transparent, comme ça vous voyez tous les organes à l’intérieur. Ce jeu m’a toujours fasciné. Alors, j’ai essayé de faire le jeu grandeur nature. J’ai trouvé des gens, des modèles payés bien sûr ! Mais comme je leur demandais de se tondre tout le corps, j’ai dû chercher chez des tribus bizarres, genre punk, marginaux, drogués …Bref, donc, j’ai commencé sur des mannequins, que je recouvrais de pâte, de résines que je peignais, par-dessus la couche. Après, je suis passée au corps, directement sur la peau. C’est difficile parce qu’il faut que la peau respire. Mais, bon, j’ai trouvé une peinture, une sorte de maquillage. Le principe est de recouvrir la partie du corps à dessiner. Je voulais faire le corps entier, mais c’est un boulot fou. Tous les jours il faut recommencer à recouvrir le corps d’une première couche, puis peindre vraiment sinon c’est pas vivable pour le modèle. C’est trop long : il peut pas manger, ni boire, aller aux toilettes…Donc, vous recouvrez de fond, une couche fine et vous modelez en rajoutant de la matière, vous sculptez vraiment les veines, les muscles et enfin vous peignez, vous mettez tout ça en couleurs. J’ai beaucoup appris en anatomie humaine. Le plus difficile, c’est les raccords avec la vraie peau. Il faut diminuer les couches pour arriver en douceur à raccorder. En fait, c’est un peu Terminator, mais sans ferraille. J’ai appelé ça « les écorchés ». Comme le modèle se lave, c’est une œuvre éphémère, mais j’ai filmé une partie du travail et tous les modèles finis. Comme ça, j’ai gardé une trace mais ça n’est pas le plus important.

Dîner

avril 2, 2010

 » Ouais, j’me rappelle. Vous savez, le coup : la copine qui présente son copain à sa meilleure copine, classique ! Je vous la fais comique, mmm ? Ok ?

Alors, bon, j’arrive, à l’heure, comme toujours. Et je me retrouve devant un mur de gorilles. Vous savez comment on sait que SS est dans le coin ? Au nombre de gorilles en liberté. Enfin, bref, j’essaie de me glisser, pas facile mais y’a David le gorille perso de SS qui me voit. Signal à la tribu, je passe. Hop, premier mur. Dans le restau, je cherche notre table, pas compliqué, il faut juste repérer le 2e mur de gorilles. Notre table c’est là où y’a pas assez de chaises pour tous les mecs autour. Et là, personne ! Je suis la première arrivée ! Les gorilles sont là pour tracer le chemin dans la jungle. Je pose mon cul sur une chaise. Je chope David, je lui demande à quel stade en était SS quand il est parti : sous-vêtement, habillée, maquillée ? Il me dit : « maquillée ». Ok, j’en ai pour une petite heure. Je mets mon casque sur mes oreilles, je sors une revue. Et je lis. Evidemment, je ne lis pas, je pense à ce foutu dîner, je sais déjà que ça va être chiant : elle va me demander ce que je pense de ce mec. Et si je dis que je le trouve bien, le jour du divorce, elle me collera tout sur le dos. Et si je lui dis que c’est un con, elle ne m’écoutera pas et me traitera de jalouse… Puis je me mets à penser au précédent. D’ailleurs, c’était moi qui lui avais présenté, mais je ne pensais pas qu’elle serait aussi rapide, plus que moi ! N’empêche après, j’ai dû la consoler ! Au moins trois semaines, non, celui-là trois jours, enfin plutôt trois secondes. Enfin, c’est toujours la même histoire elle et ses mecs… Et pendant que je mijote, le temps passe. A un moment, enfin, un coup sur l’épaule me réveille, je me tourne et qui voilà ? Ils sont là les amoureux, joli couple. On a diné, on a parlé, je me suis fait chier. Notre conversation, c’était que du vent. On a parlé de tout sauf de l’essentiel : le bonheur, la peine de mort, l’avortement, de l’éducation des enfants, du travail et de sa place dans une vie … Comment se faire une idée de quelqu’un sans aborder ces questions-là ?

Au fromage, SS se lève pour aller se refaire une beauté, c’est le signal : je dois moi aussi me lever et la rejoindre aux toilettes. Elle m’attend et tout de suite : « Alors, comment tu le trouves ? » Je m’en sors par une pirouette : « Tout à fait baisable ». Elle me regarde : « Tu ne l’aimes pas. » Ce n’est pas une question. J’aurais pu encore lui mentir. Mais j’ai décidé d’être franche : « Dieu a fait le monde en 7 jours, et toi, tu voudrais que je me fasses une idée de ce type en un dîner ! ». Elle a compris. On est retourné manger le dessert.

Aprés, on a passé un accord, on se laisse le temps de construire une relation avant de se présenter notre nouveau mec. Au moins deux mois de fréquentation. Ca élimine beaucoup de dîner chiant ! »

La Critique

avril 2, 2010

– Une de vos particularités est de donner des explications incompréhensibles et de conclure avec « si vous voyez ce que je veux dire… »

– Ouais, mais c’est pas grave, y’a toujours quelqu’un pour comprendre et expliquer mieux que moi. Après, je me contente de le citer. Ca sert à ça, la critique : à mettre des mots sur vos sensations, sur les ressentis d’un tableau. Autant pour certains tableaux, tout est calculé, autant pour certains, je fonctionne à l’instinct et je ne sais pas vraiment ce que j’ai peint. Et puis les gens qui vous posent des questions ne vous laissent pas souvent le temps de réfléchir, et des fois la question mérite vraiment une vraie réponse parce que justement cela révèle un sujet intéressant. Enfin, en général, je n’arrive pas à être claire parce que j’ai envie d’être précise et donner une réponse complète.

– Vous aimez aller dans les musées, observer les autres tableaux.

– Oui, c’est important de voir les autres. J’ai passé des accords avec des musées, je leur ai donné certaines de mes oeuvres et en échange, ils me permettent de venir les jours de fermeture pour visiter tranquillement, prendre mon temps sans être génée par les gens qui passent devant les tableaux. J’aime, quand je regarde un tableau, le silence. Parce que la peinture ne demande qu’à un seul sens de s’exercer et il faut de la concentration, les mouvements dans la périphérie de la vision me gêne. Je n’ai pas besoin des discours des guides non plus. J’aime être seule avec le tableau.

Cinéma

avril 2, 2010

– Je dois vous avouer que je n’ai jamais vu une telle collection de films !

– Je crois que M.S. en a plus.

– Vous aimez le cinéma.

– Non, c’est juste pour remplir mes étagères … Je suis fascinée par les films, c’est ma drogue préférée.

– Pourquoi cette fascination ?

– La puissance de l’imaginaire de quelqu’un d’autre qui s’impose à vous. Une envie de dépaysement, ce mystère qui permet aux acteurs et aux actrices de devenir des êtres légendaires.

– D’où vos portraits…

– Oui, j’espère avoir capté un bout de la magie.

Cadeau

avril 2, 2010

– Pourquoi vous n’aimez pas les cadeaux ?

– Pfff. J’en ai déjà parlé. Vous savez, on finit par se demander s’il faut vraiment se battre. Vous acceptez, vous remerciez et puis ça suffit. Maintenant en tout cas, je suis revenue sur le fait de refuser tous les cadeaux. Je n’aime toujours pas les cadeaux. Certaines personnes ne savent pas dire autrement qu’ils vous aiment. Je crois que je suis plutôt contre le fait que ça arrive mécaniquement, sans réelle envie de faire plaisir. C’est mon côté romantique, même si je n’aime pas non plus les surprises.

– Vous recevez beaucoup de cadeaux ?

– Ca dépend, de ma grand’mère surtout, elle est de la vieille école. Celle où il n’est pas de bon goût d’exprimer ses sentiments. Elle le fait autrement.

– Est-il vrai que SS vous a offert une voiture ?

– Oui. SS fonctionne de la même façon que ma grand’mère. Mais SS, je n’ai pas hésité à lui expliquer, ma grand’mère, je crois qu’elle ne saurait pas comment se débrouiller avec ça. J’aime recevoir ses cadeaux de toutes façons, elle a tellement de plaisir à les offrir, ce n’est pas comme si elle essayait de m’acheter. Avec SS, on passe du temps ensemble, ça me suffit comme cadeau. Les objets que m’offre ma grand’mère ce sont des souvenirs matériels qui me restent d’elle.


Amitié

avril 2, 2010

« Je ne veux pas que mes amis se rencontrent entre eux, ou alors sans savoir qu’ils me connaissent ou sans que j’y sois pour rien. Je ne veux pas prendre le risque qu’ils construisent une relation qui m’excluerait. Je suis exclusive avec mes amis. Ils n’ont pas le droit d’être avec quelqu’un d’autre que moi. Quand je ne suis pas là, je m’en fiche mais sinon, c’est avec moi et c’est tout. La raison, je la connais et je l’assume ! J’ai peur d’être moins aimée ou plus du tout. Je pense même que cela vient de ma soeur jumelle, on a toujours tout partager et tout vécu ensemble. Quand elle a épousé un de mes amis je me suis sentie trahi par les deux à la fois. C’est trop douloureux et je ne veux plus revivre ça. On n’a plus la même relation et ça me manque et ça me fait vraiment chier !! Maintenant je cloisonne. Dans chaque pays où je vais, il y a des amis que je vois et même si ils savent que ailleurs je vois d’autres gens, il n’y aura pas de contact entre eux. Je ne mélange pas . Personne ne connait personne et je suis leur seul lien. La célébrité change la donne mais s’ils tiennent à préserver notre relation mes amis savent ce qu’ils ont à faire. D’ailleurs, c’est bien dans ce but que je raconte tout ça dans votre journal ! »

Lesbienne

janvier 6, 2010

– Comment a commencé cette histoire de lesbienne ?
– C’est de ma faute, pendant une interview sur le tournage du film « Welcome to the hell », j’avais pas envie de répondre aux questions. Vous comprenez, on venait juste de tourner une scène de réconciliation. J’avais tout ça dans la tête, ça ruminait … Alors ça a fini par sortir. Je voulais montrer que ce film aurait pu aller plus loin dans les relations entre les deux héroïnes. Cela serait devenu plus intéressant dans l’analyse des relations humaines. L’ambiguïté aurait permis d’approfondir cet aspect. S. et moi on en avait parlé avant, le matin. Ca s’est enchainé comme ça, je ne suis pas aussi professionnelle que S., je n’ai pas cette capacité à oublier tout ce qui s’est passé avant pour me concentrer sur l’interview. C’est pour ça que la journaliste s’est trouvée écartée de la conversation, parce que S. et moi on a continué notre discussion du matin. Mais le film est totalement dans les normes des comédies légères, ces duos mal assortis avec des gags attendus, et tout est bien qui finit bien.
– Cette rumeur est peut-être venue de ce que vous avez dit sur S. : que c’est une femme très attirante.
– Désolée, mais c’est vrai ou pas ? S. est une femme attirante, tout le monde le sait et j’ai beau être une femme moi-même, je ne suis pas aveugle, je peux reconnaître si une femme est attirante ou pas.