Archive for the ‘Uncategorized’ Category

Photographe

avril 9, 2010

J’ai travaillé sur la promotion du film, je devais prendre des photos de SS et de Vic, séparément et ensemble. A la pause, Vic m’a pris à parti parce que j’avais demandé que son tatouage, sur l’avant-bras gauche, soit caché par du maquillage. Elle m’a accusé de travestir la vérité. Quelle vérité ? C’étaient juste des photos pour la promo, donc forcément, elles sont arrangées, embellies. En fait, elle me reprochait de ne pas la montrer en entier.
La conversation a très vite dérivée sur la conception artistique du réel. Nous avions chacun nos arguments et je crois que cela aurait duré toute la journée si le travail ne devait pas être fini. SS m’avait prévenu de ne pas engager de polémique avec Vic. C’était passionnant parce que nous étions deux artistes qui discutaient de leur œuvre. Je crois que Vic n’aime pas la photo même si elle en prend souvent pour ses tableaux d’après ce qu’elle m’a dit. Mais c’est juste comme « aide-mémoire », elle trouve ça trop facile.
Ca m’a vraiment choqué : et le travail sur la lumière, le cadrage, la prise de vue… Nous en étions là quand nous avons du reprendre le travail. Nous nous sommes revus le soir et nous avons continué notre discussion. Vic m’a expliqué son travail : elle crée l’image, elle ne reproduit pas le réel, sous-entendu comme moi. On a tellement parlé, c’est difficile de tout dire. On a parlé toute la nuit ! Ca m’a beaucoup influencé, je m’en rends compte maintenant.

Tom-Vic

décembre 5, 2009

Vic se réveille. Elle a mal dormi et sa langue au fond de sa bouche est pâteuse. Qui est dans son lit ? Elle selève, somnambule, jusqu’à l’évier, boit un verre d’eau, recrache tout. « Bordel, où suis-je ? » Puis, enfin, elle se souvient. Ils n’auraient pas dû. C’est la première pensée de Tom en ouvrant les yeux dans la chambre blanche. Il tourne la tête et se reconnaît dans la glace de l’armoire. Il s’assoit au bord du lit, s’essuie le visage de la main, se frotte les joues puis se passe les doigts dans les cheveux. Vic revient et lui demande : « Café ? ». Il la regarde et oublie ce qu’il vient de penser. Elle est belle, elle a l’âge de sa fille, celle qu’il n’a pas eu avec son ex. Il a couché avec la fille de son patron. Et il a encore envie d’elle.

– J’ai faim de toi.

– C’est ringard, ça, « j’ai faim de toi ».

– Et se balader à poil au petit matin devant son amant, c’est branché ?

– Ca te gêne ?

– Non. Au contraire, ça me plait.

Elle sourit et elle a l’âge légal pour faire l’amour avec lui et toute une vie inconnue de lui derrière elle.

– Non seulement tu viens de signer ton retour à la circulation jusqu’à la fin de ta carrière, mais en plus je te signale que t’es un ringard, pervers et connaisseur mais ringard.

– Est-ce que…

Il n’a pas envie de savoir mais c’est plus fort que lui.

– Va-s-y.

– Combien…

– Beaucoup mais aucun n’a compté.

– Et moi ?

– Toi, rien. Aucun ne compte.

Il prend ça en pleine figure.

– Pardon, mais si tu as posé cette question, c’est que tu voulais la réponse.

Il encaisse. Comment en sont-ils arrivés là ? Une dispute ? Un hasard ? Une erreur ou la suite logique de leur relation ? Il s’en fiche. Elle lui saute dessus, le repousse, s’installe à califourchon sur lui.

– Eh bien, tu n’as pas répondu.

– Quoi ? Qu’est-ce que tu veux que je dise ? Tu me balances ça sans les précautions d’usage. Tu veux que je réagisse comment ?

– Je voulais savoir si tu voulais du café. Et puis les précautions on les prends avant, en général.

– Ne change pas de sujet.

– Pourquoi tu t’inquiètes maintenant ? Tu le savais, non ? Tu as lu mon dossier, alors fais pas l’offensé !

Elle grimace de mépris.

– Putain, je suis sûre que tu l’as lu juste après notre première rencontre.

Elle a raison. Il se dégage, se rassoit au bord du lit. Il dit en se regardant dans la glace :

– Noir, le café.

– Ok.

Elle descend du lit, enfile une chemise et sort. Lui, il va dans la salle de bain prendre une douche. Cela n’aurait jamais dû arriver. Il va pouvoir ressortir son uniforme et le faire laver.

Cette nuit-là fut la dernière. Elle n’eut jamais lieu nulle part. Ni dans les dossiers de Police, ni dans la mémoire de Tom. Elle disparut lorsque le soleil se leva. Il ne lui restait qu’à continuer à jouer au flic.

Baby

décembre 5, 2009

Baby. Il avait couché avec Bébé. Celle que tout le monde appelait Babe comme sa mère l’avait fait la première.
La plus petite de ses filles, la plus fragile, la plus remuante des trois filles de la Légende.

Il revoit cette femme-enfant debout derrière la porte entrebâillée. Tout d’abord, comme il garde les yeux à terre, il ne voit que le bout de ses orteils, à demi-cachés par le bas de sa salopette bleu pâle. Son regard remonte le long de ses jambes jusqu’à sa ceinture qu’elle a faite avec les bretelles de son vêtement. Il entrevoit son nombril, dans la ligne brune entre le bleu et le blanc de son Tee-Shirt. Ses yeux n’osent pas s’attarder sur sa poitrine serrée dans le débardeur étroit. Ils se dépêchent d’arriver au visage, brun encore, couvert de tâches de peinture, jusqu’aux yeux enfin, bleus, encadrés sous ses sourcils noirs. Et ces quelques mots : « vous savez, mon père dit que mes tableaux sont la preuve de l’existence de Dieu ».

Père de Vic

décembre 5, 2009

Le père de Vic était né à New York dans Little Italy, c’était un vétéran du Viet-Nam. Son engagement dans l’armée américaine lui avait permis d’obtenir une carte verte pour sa mère. Pendant la guerre, la foi l’avait sauvé de la folie. Et peut-être l’amour aussi. Le couple qu’il formait avec la Légende ressemblait aux scénarios qu’il écrivait pour les séries télé : un couple parfait, amoureux depuis toujours, solide face aux épreuves, renforcé par elles. Il avait été déclaré disparu  et la Légende s’était engagée dans la Police. A son retour, elle l’attendait et ils s’étaient mariés. C’était lui qui avait voulu des enfants, elle, elle ne voulait pas rendre malheureux des êtres innocents. Il l’avait convaincu en lui disant qu’on doit toujours donner une chance à la vie. Mais ils n’avaient eu qu’un fils et malgré son amour pour « ses femmes », il lui restait un sentiment de manque qu’il comblait avec les 4 petits-fils que son propre fils avait eu avec une danoise, des enfants blonds qui ne lui ressemblaient pas vraiment.

Mère de Vic

décembre 5, 2009

La mère de Vic, ils l’avaient rencontrée pour les besoins de l’enquête. Grande, sèche, rousse, le visage taillé à coups de serpe. Elle avait une cicatrice sous l’œil gauche, en forme d’oiseau stylisé. Ses yeux étaient toujours en mouvement, sa bouche comme un trait, se soulevait de temps en temps au coin gauche dans un sourire ironique.

Son bureau était grand, digne du chef-adjoint de la police de Los Angeles. Ce fut la légende elle-même qui leur ouvrit la porte. Pas la peine de lire la plaque sur le bureau pour savoir qui était le patron. Elle les invita à s’asseoir. Elle prit la chaise derrière le bureau et se plaça face à eux. Elle ne leur avait jeté qu’un coup d’œil à leur entrée, mais ils s’étaient sentis examinés, jugés et découverts. Elle alla droit au but :

-Je n’exercerai aucune pression sur vous. Si quelqu’un vous empêche de travailler, dites que vous avez mon feu vert. N’en abusez pas. Je vous demande de faire votre boulot. Faites-le bien. Quand vous arrêterez quelqu’un, faites que ce soit le meurtrier. Si vous avez des questions, allez-y.

Elle fit un signe de la main, leur laissant la parole. Val dit :

– Merci de votre confiance.

– De rien.

– Est-ce que vous connaissiez Carrie ?

– Non, je ne l’ai jamais rencontrée. Je vais vous donner une copie des rapports de l’équipe chargée de protéger ma fille, ceux qui concernent la rencontre de Vic et Carrie ainsi que ceux qui rendent compte du séjour de Carrie à l’atelier. D’après mes hommes, il n’y a pas grand’chose à en tirer : ( Elle eut un sourire ironique et lança un regard à Val.) Carrie était vivante quand elle a quitté l’atelier.

– Excusez-moi, mais … Vous n’avez pas lu les rapports ?

– Non. Je respecte la vie privée de ma fille. Cette équipe est là pour la protéger pas pour l’espionner. Carrie n’a pas été classée comme dangereuse par les gars, donc je n’ai pas demander à en savoir plus. Je peux simplement vous assurer en tant que mère, et vous savez ce que ça vaut, ( sourire ironique), que ma fille n’est pas capable de tuer… Et en tant que flic, je peux affirmer qu’elle n’en a pas eu la possibilité matérielle. Ma fille n’a pas quitté l’atelier entre le départ de Carrie et le moment où on l’a retrouvée morte. Mais vous lirez tout ça dans les rapports. Si vous avez d’autres questions…

Expos

novembre 29, 2009

Comptines et cauchemars (nursery rymes and nightmares)
Autour de proverbes (si t’as faim mange ta main, …), de personnages inquiétants (chevalier borgne et princesse folle, le roi des marionnettes, la poupée fracassée) une danse macabre de jouets .

Funérails (enfance) –(funerals (childhood))
Toujours des marionnettes, des poupées de chiffon mais aussi des lieux de l’enfance : cour de récréation, classe, chambre, jardin, garage à vélos.

Tom se souvenait d’un paragraphe dans un article d’une revue d’art :
« Sa première exposition, Nursery Rymes and Nightmares (Comptines et cauchemars), était construite autour de comptines enfantines et chaque tableau avait pour titre une de ses comptines ou parfois un proverbe : Trois petits cochons, le diptyque : Si t’as faim, mange ta main et garde la deuxième pour demain, Le roi des marionnettes, La princesse folle, Le Chevalier borgne… Inutile de préciser que la plupart de ces comptines n’existent pas, sauf dans l’esprit de Vic, ce que suggère la deuxième partie du titre de cette exposition : Nightmares, Cauchemars. Ces personnages effrayants, d’autant plus venant d’une enfant de 9 ans, âge que Vic avait quand elle a peint tous ces tableaux, forment un peuple difforme et organisé autour du Roi des marionnettes. Ce tableau, placé par Vic au centre de la pièce, représente une cour de poupées de chiffons usées, de peluches abîmées et de pantins tombés à terre. A gauche siège le roi, un pantin de bois à peine en meilleur état que ses sujets. Son trône est un coffre en bois recouvert de graffitis comme ceux que les enfants gribouillent à 4-5 ans. Il n’est le roi que parce qu’il porte une couronne et les teintes majoritaires du tableau, beige et Sienne, affirment que son royaume est sur la pente décadente. Il n’y a aucune couleur éclatante, la couronne d’or est sale. Le roi semble écouter les doléances d’une marionnette détachée du groupe, pliée en deux dans une sorte de révérence. Tout est mort dans ce tableau : aucun dynamisme, ni mouvement, la scène se lit de gauche à droite, tous les personnages sont au même plan, le fond est flou, on ne distingue aucun décor, aucun meuble à part le coffre-trône. Le reste des oeuvres est dans la même ligne. Il semble que Vic en ait fini avec son enfance triste qui, sans être malheureuse, semble morbide.
La deuxième exposition, Funerals (childhood) -Funérails (enfance) , confirme cette impression. Si on retrouve les jouets comme personnages des tableaux, ils ne sont plus les pièces principales. Vic propose ici un panorama des lieux de son enfance et par-là même de la nôtre aussi. On visite ainsi Le Jardin, Le Garage à vélo, La Cour de récréation, La Classe et d’autres lieux plus personnels : Le bureau de mon père, Ma chambre, La salle à manger de Grand’Mère. Aucun titre significatif : ils ne font que décrire ce que l’on voit. On distingue comme un fil conducteur entre les œuvres : les poupées ou les peluches dans un coin de chaque pièce, comme abandonnés par l’enfant qui ne joue plus avec. Aucun être vivant, pas même un animal de compagnie, ni oiseau, ni insecte. Les teintes des tableaux sont plus variées mais restent ternes comme des journées grises pour les scènes extérieures ou des après-midis pluvieux pour les intérieurs.
Après cette exposition, qui a eu lieu un an après la première, un intervalle de trois ans s’écoule avant que Vic expose ses portraits. Elle refuse de parler ce qui l’a poussé au silence. Mais le fait que désormais elle expose des êtres humains uniquement tranche avec une telle vigueur sur ses débuts qu’il est facile de comprendre qu’elle a changé complètement. Pourtant, Vic, comme elle me l’avoua lors d’une autre interview, n’a pas cessé de peindre des tableaux plus tristes, mais nettement plus abstraits. L’absence de fond pour chacun des portraits, où seul le blanc de la toile contraste avec le sujet, nous aide à comprendre que l’enfant existe, enfoui derrière ces visages. « 

Famille_1

novembre 29, 2009

Cette femme, l’adjoint du préfet,tous les flics la surnommaient La Légende, tous avaient entendu parler d’elle. Ils savent qu’elle  a quatre enfants en tout, un fils, trois filles, mais ces deux-là, tous les policiers en ont entendu parler : Junior, la fille aînée qui ressemble à sa mère et qui déteste les flics ; Babe, la petite dernière, qui a fait toutes les conneries d’une gamine qui a du mal à grandir. Des légendes à elles seules, comme leur mère. Seulement, Babe s’est calmée depuis un certain temps, il sait comme ses collègues qu’elle est sortie du camp de redressement et qu’elle se tient tranquille. Les enfants de La Légende se tiennent à l’écart. L’aînée haïssait  encore plus les journalistes que les flics depuis son enlèvement à l’âge de sept ans. Elle vivait à l’autre bout du pays sous un autre nom. La deuxième voulait être flic comme sa mère et en attendant que celle-ci lui donne le droit de prendre la relève, elle suivait des études de droit. Le fils, on ne savait rien de lui, il était parti en Europe et il y était encore. Même les journalistes qui s’étaient déchaînés à tout déterrer n’avaient rien trouvé sur lui. Ils avaient abandonné, ils avaient trop à faire avec Vic, jusqu’à ce qu’ils trouvent une autre proie. Quant Tom pensait à elle, cela ne ressemblait en rien à tout ce qu’ils avaient écrit sur elle.